Jeudi, 24 Avril 2014
Accueil - Zoom : l’enquête d’actualité du jeudi Socinada: N'a pas pu survivre dans son art
Socinada: N'a pas pu survivre dans son art PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Zoom : l’enquête d’actualité du jeudi
Écrit par Hervé Charles Malkal   
Jeudi, 02 Août 2012 12:01

La première société née après al privatisation de la gestion des droits d'auteur au Cameroun a déjà eu tout le mal du monde à se faire accepter au plan national.


La Société camerounaise de droits d'auteur (Socadra), établissement public créé en septembre 1979 (remplaçant la représentation de la Sacem française installée en 1969), fut dissoute par décret du ministre de l'Information et de la Culture (Minfoc) le 13 septembre 1990 pour insolvabilité depuis 1985. Le ministre Augustin Kontchou Kouomegni décida alors de transférer aux artistes eux-mêmes la gestion de leurs droits d'auteur. Il propose d'abord comme nom de la nouvelle société, Cameroon Copyright Corporation (CCC), que les artistes rejettent, pour éviter la confusion avec une savonnerie célèbre. Ce sera donc la Société civile nationale du droit d'auteur (Socinada), créée le 23 novembre 1990. Mais celle-ci verra sa planche... savonnée tout au long de sa décennie de vie, et sa devise «Vivre de son art, vivre dans son art»

 

mise en déroute.

 

Dès juillet 1991, la Socinada connaît sa première crise. Le conseil d'administration présidé par Esso Essomba est contesté par d'autres adhérents. Le conflit va s'envenimer tout au long des années 1990, culminant en 1998-1999, quand diverses associations d'artistes saisissent le ministre d'Etat chargé de la Culture Ferdinand Léopold Oyono pour qu'il mette fin à ce qu'ils ont qualifié de «génocide intellectuel collectif», en estimant que la Socinada est accaparée par les musiciens. Ça tombait bien pour les contestataires, puisque le Mincult avait décidé d'introduire en 1999 un projet de loi modifiant et complétant la loi du 10 août 1990 relatif au droit d'auteur et aux droit voisins, pour aboutir à un nouveau texte «conforme aux standards internationaux et garant des intérêts de tous les partenaires de la production intellectuelle, y compris des intérêts de l'Etat». La loi, qui sera finalement votée, met surtout fin à une société unique de gestion du droit d'auteur au Cameroun. Les dirigeants de la Socinada n'avaient pas pu arrêter le vent des réformes, malgré de vives protestations (dont des motions de soutien à la Socinada brandies par des associations).

Après avoir relevé que la Socinada était un membre régulier de la Conférence internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs (Cisac) et qu'elle a été choisie par l'Unesco comme société pilote en Afrique centrale, le directeur général Vincent Diboti, dans un communiqué publié le 2 juin 1999, écrira même énergiquement : «Une société d'auteurs n'est ni une soupe populaire ni une association de charité (...) ni même une société par actions ; elle rémunère les auteurs productifs dont les œuvres sont exploitées». Pertinent mais pas suffisant pour faire reculer la tutelle, que même le secrétaire général adjoint des services du Premier ministre, Joseph Zambou Zoleko, n'a pas pu faire bouger quand il lui écrit le 19 janvier 1995 pour rappeler que l'option de l'Etat c'est de se désengager de la gestion des droits d'auteur, «laquelle incombe désormais aux artistes», lui demandant de «responsabiliser au maximum ces derniers (...) ne réservant votre intervention qu'en cas d'atteinte à l'ordre public ou à la sécurité de l'Etat». Réponse du Mincult : l'exigence de transparence dans la répartition des droits d'auteur n'est pas une invention du ministère camerounais de la Culture, puisque partout au monde les sociétés de perception et de répartition communiquent leurs comptes annuels à la tutelle.

 

Hervé Charles Malkal

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir