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Le manque à gagner infligé aux commerçants lors de l'inauguration de l'hôtel de ville et la gestion controversée des fonds versés par les élites à l'origine de leur colère.
«Nos boutiques restent fermées pendant toute une journée, pour une histoire d'inauguration de l'hôtel de ville vous trouvez ça normal ? Ce n'est pas parce qu'on est maire dans la ville natale du chef de l'Etat que l'on va faire boire de la m... aux gens », vociférait un boutiquier vendredi dernier au centre commercial de Sangmélima. Non loin de là, plus précisément au marché central où les propriétaires de commerce ont été contraints de fermer boutiques, le sous-préfet de Sangmélima, le maire André Noel Essian et ses conseillers, étaient traités de «dictateurs», «d'assoiffés de pouvoir»... par des commerçants ivres de colère.
Les commerçants de la cité, suite à une note conjointement signée la veille du sous-préfet et du maire, étaient sommés de fermer leurs boutiques et magasins dès les premières heures de la matinée, pour converger à l'esplanade de la préfecture à l'occasion de l'inauguration officielle du nouvel hôtel de ville, construit à hauteur de 800 millions de franc cfa sur financement du Feicom et du Minepat. La cérémonie présidée par le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Emmanuel René Sadi, et qui a commencé avec trois heures de retard (14h), a toutefois connu bien de couacs (côté organisationnel).
Des ratés que les militants du Parti des flammes en premier, ont ouvertement décriés. La restauration, point névralgique de l'évènement sur lequel le maire André Noel Essian et ses conseillers se devaient de mettre un accent particulier, aura fait l'objet d'une gestion paroissiale. Dans un hôtel de la place où étaient par exemple conviés les chefs traditionnels pour «le grand cocktail», désolation et indignation battaient pavillon haut. «On ne peut pas nous déplacer comme de vulgaires chiens pour qu'on vienne lécher les gamelles (...) regardez vous-mêmes ce qu'ils appellent nourriture à servir aux autorités traditionnelles. Ça c'est le mépris...» invectivait sa majesté Zanga, chef de village par Mintya Minyoumin. La même colère était perceptible sur les visages des centaines de militants et militantes du Rdpc , transportés dans de nombreux villages la veille, pour venir meubler le décor populaire de l'évènement.
«Nous ne mettrons plus jamais les pieds ici à Sangmélima. Nous sommes partis de nos villages très tôt le matin et nous voici abandonnés à nous mêmes avec les ventres creux» expliquait un groupe de villageois partis de Mpkang . Beaucoup ont d'ailleurs refusé de remonter dans les cars et camions, affrétés par le comité d'organisation, exigeant leurs enveloppes et préférant rentrer le lendemain, à leurs propres frais. Une gestion de l'organisation qualifiée de «honteuse» alors que les élites et forces vive locales ont mobilisé un peu plus de 22 millions de franc cfa pour l'évènement.
Le conseiller municipal Bindoua qui a échappé de justesse à une bastonnade dans la soirée du vendredi, a préféré fondre dans la nature, sans laisser des traces. Dans la matinée du samedi 25 février, le gouverneur du Sud, Jules Marcellin Ndjaga, de passage chez le préfet Jean Bienvenu Abanda, a alors fait appeler le maire et son conseiller pour qu'ils s'expliquent sur la gestion du budget voté pour la communication et la gestion des groupes de danse. Le maire André Noel Essian et son homme de main sont restés injoignables toute la soirée. Le gouverneur du Sud a du puiser dans ses réserves personnelles, pour régler ces détails.
Albert Nna
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