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Vendredi, 09 Décembre 2011 11:02

Babadjou

Comme un parfum de ‘‘Matango’’

Il y a quelques années ce petit bled ne dépendait que de l’arrondissement de Mbouda

Que se soit au centre commercial Toumaka, ou au marché Djingso, le vin blanc traîne toujours son arôme. Le vin de Babadjou est succulent à en croire ses consommateurs. Les  acheteurs viennent de toutes les contrées environnantes se ravitailler...

altMts Bamboutos

Le vin de raphia est pleinement ancré dans les mœurs et traditions à Babadjou. «Toute cérémonie telle que mariage, dot, funérailles, traditionnelle, culturelle, naissance, se célèbre avec du vin blanc. Le plus souvent accompagné des noix de kola (lèhpi, en langue locale)», informe un fils du coin.

Si le vin blanc peut toujours couler en abondance à Babadjou, c’est tout simplement parce que chaque génération conserve jalousement les bas-fonds de concessions où poussent allègrement les raphias. Depuis des années, le commerce de cette boisson participe du développement  économique, social et culturel  de Babadjou. «La saison sèche est la période des grandes affaires (funérailles, dot ou mariage). Plus le vin  est rare, plus le litre coûte cher. Souvent, il faut débourser 200 à 250 FCFA pour un litre», fait savoir Napoléon Timo, au marché de Djingso.

Au marché, le vin blanc se propose avec du taro, emballé dans des feuilles. Cent francs le plat, et la viande est au gré du client. Lequel taro, se conserve plusieurs jours, grâce à sa composition (un mélange de taro, plus banane  dit de cochon). «Cette façon de préparer nous permet de conserver le met longtemps ; et, parfois, on peut l’envoyer à un membre de la famille, même aux Etats unis», renseigne Léonie Mboukeu, vendeuse de vin blanc.

Dynastie

Le village Babadjou commence réellement à se distinguer des autres villages qui dépendaient de l’arrondissement de Mbouda  le 1er Août 1992, suite au décret N° 92/187 du chef de l’Etat. Ce jour-là, les populations de cette localité apprennent que le petit bled qui n’était qu’un village est désormais érigé en arrondissement. Une évolution qui se poursuit le 25 novembre 1993, par la commune qui vient se greffer. C’est un ouf de soulagement au sein de élites et  populations qui dépendaient entièrement de Mbouda. «Ce fut beaucoup de bonheur pour nous. A l’instant où ce décret est tombé, j’ai vu défilé devant moi toutes ces années sur les bancs de l’école primaire, où nous partions de nos maisons vers 5 heures du matin, parcourir des kilomètres à pied pour aller défiler les jours de fêtes à Mbouda», se souvient Jacques Delego, maire de la commune de Babadjou.

La localité est située à une dizaine de bornes de la capitale départementale des Bamboutos. Sa superficie est de 170 km, avec plus de 55.000 habitants.  Vingt et un quartiers le compose parmi lesquels le centre administratif à King place, et deux  centres commerciaux à Toumaka et Nkohbou. Babadjou est peuplé des Bafung et des Bororos, qui pratiquent de l’élevage sur les flancs des montagnes jouxtant le mont Bamboutos. Le peuple Bafung, ou encore appelé Mbasso, vit de l’agriculture et du petit élevage.

Fondée par le chef Mbougong, cette dynastie est reconnue par son ardeur au travail et son sens d’hospitalité. Depuis la chute des prix du café engendrée par la conjoncture économique, les populations se sont lancées dans la culture vivrière. Pommes de terre, macabos, taro, ignames, légumes, haricots, patates, bananes, avocats, etc. Autant de produits à s’en procurer dans les marchés de Bamedousso, Djingso, Balepo et Nkohbou.

Devenu arrondissement au-delà du dynamisme de ses fils et filles, Babadjou s’accommode merveilleusement entre modernisation et tradition.  C’est un village qui  a une  histoire bien rangée dans des archives de la chefferie Supérieur, où Sa majesté Bertrand Temgoua Sambankeing II, 19ème monarque, tient bien le rôle de gardien du temple. Il se raconte des mythes sur la ‘‘dent’’ du mont Bamboutos, un endroit féerique. La Grotte de Ndoumvoh, d’où coule une chute depuis le dessus. Cette grotte peut contenir des centaines de personnes. Il se raconte que c’est à l’intérieur de cette grotte que se réfugiaient les ancêtres, pendant les périodes de conquête. Des lieux sacrés pleins de belles histoires, constituent des atouts touristiques du village Mbasso.

Malgré la volonté de modernisation de la commune de Babadjou,  aucun fils du coin n’a pas encore pensé doter son village d’une boulangerie, ou encore un dépôt.  Quelques épiceries   à Toumaka vendent de produits manufacturés. Le Babadjou by night se  fait au Nkeng night club, qui en dehors de son petit snack, dispose d’une dizaine de lits, au centre commercial de Toumaka. A Nkohbou, c’est une autre réalité. Considéré comme point de ravitaillement en denrée alimentaire, c’est un autre endroit chaud du village Mbasso, malgré son emplacement très exigu, au sommet d’une colline, quelques chambres d’auberge sont mises à la disposition des voyageurs.

Développement

La technologie de la communication a aussi favorisé l’installation des micro-finances, qui, à leur tour, offrent des services de transfert des fonds. Les trois réseaux de téléphonie mobile fonctionnent, malgré l’inexistence  d’un cyber espace.     La carte scolaire de Babadjou, comporte 51 établissements scolaires dont deux lycées bilingues, deux Ces, un Cetic, une Sar/Sm, un collège privé etc. «Quand je revois cette époque où nous marchions dans le village avec des sacs en bandoulière, pour les parties de chasse, ou encore pour aller jouer au ballon au stade de la mission catholique, j’ai l’impression que la ville est venue enlever quelque chose à cette familiarité qu’on vivait au village », poursuit Jacques Délégo. Traversé par la nationale qui relie Bafoussam à Bamenda, Babadjou possède la particularité de ‘‘ville carrefour’’, dans la mesure où elle se trouve à cheval entre trois régions : Nord-Ouest, Sud-Ouest au versant Est du mont Bamboutos, et Ouest.

Les Babadjou et le Bamessingué sont issus d’un même ancêtre. A sa mort, Sa majesté Mbougong, fondateur des Bafung, a laissé sa succession à Lagmago. Mais son frère jumeau Lonla ne supporte pas cette confiance placée par leur défunt père à l’endroit de ce dernier. Il se révolte et crée sa chefferie dans une partie du territoire paternel, et devient à son tour autonome. Malheureusement, Bamessingué continu de dépendre de Mbouda, alors que Babadjou vole depuis bientôt 19 ans de ses propres ailles. Ce village a, entre temps, appris a fabriqué quelques élites qui se donnent désormais le défis de faire sortir le village du sous développement. Mathurin Wa, député à l’Assemblée National, et ancien vice président de l’Auguste chambre, Jean Tchoffo, secrétaire général du ministère des Finances, Jacques Délégo, cadre à la direction des Impôts et maire de Babadjou, Rose Tsangue colonel des Eaux et forêts, délégué régional Mifof/Ouest, Nathalie Tchambou, journaliste, et bien d’autres.

Jérôme Serge Todjom, à Babadjou

 

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