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ITINERAIRE
Écrit par Jean Claude Fogno   
Mardi, 14 Février 2012 11:50

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Le technocrate-militant de Bandjoun

Le directeur de l'IUT Victor Fotso s'est taillé une réputation dans l'univers de la recherche qui ne l'éloigne d'une fidélité à l'ordre politique régnant.


L'histoire retiendra que son ancien instituteur de l'école primaire avait bien raison lorsqu'il lui déclare, dans la nervosité, un jour en pleine leçon de français au cours moyen : «Fogue, tâche toujours de te souvenir de ce proverbe latin . C'est en suivant le fleuve qu'on parvient à la mer». Et la parole a fait son temps. Les faits sont têtus. Les fruits auront donc tenu la promesse des fleurs. Surtout que son efficacité n'est plus un sujet de débat. Et pourtant, derrière la silhouette poltronne et peu joviale de M. Fogue, se niche un technocrate des temps modernes. Qui se veut de grande pointure. Une réussite sociale qui dénote une fine corrélation avec son amour à la tâche. Et au mieux, ce sursaut d'orgueil qui le quitte rarement. Aussi intéressant, le respect catholique de l'ordre établi, de la hiérarchie sociale et même de la parole donnée qui caractérise le patron de la colline sacrée de Bandjoun. Un timbre juste et personnel qui génère admiration et envie chez ses compatriotes.

Pourtant, réputé pour être un fidèle du milliardaire de Bandjoun, Victor Fotso, sa vie se résume à une somme d'enseignements et de suivisme. Tout un alignement perçu comme stratégique et réaliste derrière un modèle de réussite. A se demander même si la somme de petites expériences de ce fin technocrate qui débouche sur une certaine référence dans le paysage de la fabrication mécanique de la sous-région peut s'expliquer par un simple concept d'existentialisme sartrien. C'est-à-dire une réussite dictée exclusivement par le destin. Un pas que la réalité ne permet pas de vite franchir.

Chiffre mystique : 3

Jailli dans l'anonymat le 14 mars 1955 au sein de la petite localité de Mvu, à l'Est de Bandjoun, en pleine rébellion, le petit Fogue évolue dans l'insouciance, sous la rudesse de la morale chrétienne. Comme les tous petits de sa génération. Bien qu'assez bruyant, il caresse l'alphabet dans une école missionnaire de Douala. Et développe vite quelques aptitudes lorsqu'il frappe à la porte du mythique établissement de la Congrégation St Jean, le Collège St Michel de Douala en 1969, après l'obtention de son premier parchemin, le CEPE. A l'age de 14 ans.

Et voilà le jeune qui va embrasser la mécanique générale au lycée technique de Koumassi-Douala après son BEPC en 1973. Il fera honneur à sa modeste famille en arrachant le baccalauréat F1 (mécanique générale) en 1976. Un an seulement après le probatoire dans la même spécialité.

Mais ambitieux et avide de connaissances, il est reçu, la même année, par voie de concours, à l'Ecole Normale Supérieure de l'Enseignement Technique (Enset) de Douala. Parallèlement à ses vacations en dessin industriel et en construction mécanique au Collège d'enseignement technique industriel et commercial (Cetic) de Bassa-Douala. Et c'est avec joie qu'il quitte l'ENSET, trois ans après, en 1979, nanti de son Diplôme supérieur d'aptitude (DSA), l'actuel PLET. Le chiffre «trois» entre ainsi dans ses annales.

Le jeune enseignant aurait pu étaler ses compétences dans les lycées techniques du Cameroun. Mais, déchiré par l'orgueil, il s'envole, en 1980, à l'Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon, à l'Est de la France. Avec le concours de l'Etat camerounais qui lui octroie une bourse d'études. Même sous d'autres cieux, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En trois ans, il caresse le Diplôme d'Ingénieur en Génie Mécanique et Construction, en 1983. Une prestation couronnée un an après par le diplôme d'études approfondies en Mécanique. Suffisant pour que les blancs lui confient les Travaux Pratiques de Mécanique des Solides et de Travaux Dirigés de Mécanique (Fatigue des structures) au sein du même institut. Pendant trois. Parallèlement à sa formation doctorale. Au village, prières et offrandes se conjuguent. Et finalement, l'étoile montante de Mvu tutoie le sommet du savoir, en 1987, avec le doctorat (nouveau régime) en Mécanique sur la thèse «Critères de fatigue à longue durée de vie pour des états multiaxiaux de contraintes sinusoïdales en phase et hors phase». Enregistré dans le millésime mondial sous le n° 87 ISAL 0030 depuis juillet 1987. Pour inaugurer cette nouvelle recette intellectuelle, il décroche, la même année, deux importants contrats à Lyon.

Lorsqu'il regagne le pays en 1987, il est recruté comme enseignant Assistant à l'Ecole Nationale Supérieure Polytechnique (ENSP), avec obtention du grade de chargé de cours en 1989. Déjà bien expérimenté et rompu à la tâche pédagogique, il anime un stage pédagogique à l'Ecole Nationale Supérieure d'Ingénieur Agroalimentaire de Ngaoundéré. Avant de fonder la même année, le Laboratoire de Mécanique des Solides de l'ENSP et en devient le directeur.

En 1993, alors que l'opinion s'émeut encore sous le coup des bouleversantes réformes universitaires, il se voit confier la chaire de Chef de département de Génie Mécanique. Un poste qu'il trimbale jusqu'en 1997, quand il atterrit comme coordonnateur du projet Campus sur l'Aluminium financé par le secrétariat d'Etat français à la Coopération. Cerise sur le gâteau, la Banque Africaine de Développement (BAD) reconnaît ses compétences en 1994 et l'admet comme consultant pour le diagnostic de l'enseignement de l'Energie dans le système d'éducation en Afrique. D'autres sollicitations scientifiques suivront en 1998, notamment cette invitation à l'INSA de Lyon pendant trois mois pour l'enseignement et la recherche en mécanique des solides. Tout un capital de prestige !

Déclic

Alors qu'il accumule de précieux points dans son statut d'Homologue-Délégué de l'ENSP, dans le projet Unicam 2000 visant à donner corps et vie, en tout cas plus de visibilité aux réformes universitaires de janvier 1993, il est repéré, pour ses capacités opérationnelles, par le Chef de l'Etat, et propulsé, comme un fusée, à la tête de l'Institut Universitaire de Technologie Fotso Victor (IUT/FV) de Bandjoun le 28 janvier 1999, qui a été rattaché à l'Université de Dschang quelques années auparavant. Soulagement et satisfecit de toute la communauté universitaire qui voit en cette promotion la récompense du mérite et du culte de compétence.

Excité par l'amour de la patrie et appuyé par une philosophie volontariste, le jeune directeur révolutionne les mentalités. En imprimant ses marques personnelles à tout le système. «Au bout de quelques mois, j'ai remis tout le monde en confiance. Car pour l'étudiant alpha ou pour le personnel bêta, toutes les initiatives prises concouraient à une meilleure visibilité du vécu quotidien», se souvient Sa'a Fogué, notable à la chefferie Bandjoun. Aujourd'hui, la soixantaine de jeunes enseignants arborent une lisibilité dans leur profil de carrière. Tout comme, une vingtaine d'agents administratifs et d'appuis ont retrouvé le sourire. «Des difficultés subsistent, mais tous sont d'avis que les actions engagées n'auront été qu'au bénéfice de l'enseignement supérieur camerounais», tranche, avec soulagement, le conseiller municipal à la Commune de Demdeng-Bandjoun depuis le 30 juillet 2002.

Une motivation qui s'explique en partie par le fait que, quelques mois seulement après son arrivée, il se voit décerner, en mars 2000, par l'INSA de Lyon, une Habilitation à diriger les recherches (HDR). Ironie du sort, il décroche au même moment le convoité grade de maître de conférences. Nanti de cette distinction d'enseignant de rang magistral, il dirige depuis 2001, l'unité de formation doctorale (Mécanique et Productique) de l'ENSP de Yaoundé. Une fourmillante activité académique qui fait, à ce jour, de ce spécialiste des " Critères de fatigue (à longue durée de vie) multiaxiaux périodiques", auteur ou coauteur de plus de quarante publications scientifiques de portée internationale dont une vingtaine de thèses de doctorat.

Jean Claude Fogno

Repères :

14 mars 1955 : Naissance à Mvu Bandjoun
1976
: baccalauréat de mécanique générale
1979
: professeur des lycées techniques à Douala
1983
: ingénieur en génie mécanique et construction à Lyon
1987
: docteur nouveau régime en mécanique
1999
: directeur de l'IUT Victor Fotso de Bandjoun

Mise à jour le Mardi, 14 Février 2012 12:02
 

Commentaires  

 
0 #4 DJIMGOU WILLY 05-11-2013 13:03
je suis très admiratif du parcourt, que dire de plus si ce n'ai "waouh!!!!" un exemple parfait, juste et claire a suivre pour beaucoup d'entre nous. Connaissant l'homme dans la culture du travaille, le respect, l'amour du prochain qu'il inculque a tous son entourage; pour moi je ne peux que demander au seigneur tout puissant de donner santé, force, très longue vie, toutes les bénédictions pour qu'il puisse continuer et réussir dans tous ce qu'il fait et veut faire car c'est pour ne pas dire une icone, c'est un exemple pour beaucoup de Camerounais que nous sommes. Merci Professeur pour tout ce que vous faite et pour tous ce vous allez encore fait pour nous et pour l'humanité; que DIEU vous bénisse et vous couvre de miséricorde :roll:
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+1 #3 SADO STEPHANE 10-08-2013 11:41
quel homme!!! j'espère pouvoir être un jour comme vous prof. Puisse dieu vous bénir et vous accorder longévité.
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+1 #2 Emade 22-07-2013 20:39
Merci pr ces informations sur notre directeur de l'IUT FV de bandjoun.... un grand hoe mais l'IUT FV ne reflete pas ce qu'est cet hoe c'est ça qui fait peur avec les intellos africains(je voulais dire camerounais)..... Dans tous les cas il a ecrit une page brillante de sa vie. Mais es ce de ce genre d'intellos dont on a besoin....? la question se posera tjrs?
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+1 #1 kuate 06-11-2012 12:28
je tire vraiment un grand coup de chapeau à ce grand homme natif de bandjoun mon cher et beau village.que le seigneur lui accorde longue vie
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