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Célestin Lingo: "Mgr Ndongmo m'a mis le pied à l'étrier" PDF Imprimer Envoyer
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COMMUNICATION
Écrit par Emmanuel Gustave Samnick   
Mardi, 13 Mars 2012 15:41


A bientôt 74 ans, Ce toujours chroniqueur occasionnel, est un homme libre et heureux qui nous parle de sa carrière et de cette profession qui est la sienne depuis son adolescence.

Comment arrivez-vous dans le journalisme ?

En septembre 1960, après mes vacances scolaires à Nkongsamba, où j'ai aidé à la rédaction de «L'Essor des Jeunes», crée en mars par l'abbé Albert Ndongmo alors aumônier diocésain des lycées et collèges, je rentre à Yaoundé pour la 2è session du Baccalauréat. Echec. Je reviens à Nkongsamba et je dis à Ndongmo (dont j'ai fait la connaissance et acquis la sympathie en 1954/55 au petit séminaire de Melong) que je n'étais ni moralement ni matériellement apte à reprendre les études au lycée Leclerc (mon père a été assassiné en septembre 1959 et ma mère est morte en septembre 1960). Il me propose de rester à «L'Essor». Jean Baptiste Sipa y était déjà.

Voilà comment Ndongmo m'a mis le pied à l'étrier du journalisme. Et ça a collé...pour la vie, après un détour par Libermann pour la reprise du Baccalauréat (1961/62) et par l'Ecole supérieure de Journalisme de Lille (1962/65).

Qui aura été votre modèle de journaliste ?

Hubert Beuve-Méry, fondateur et directeur du journal «Le Monde», de 1944 à 1969. Alors que j'étais étudiant à Lille, j'admirais ses éditoriaux signés Sirius, qui répondaient le plus souvent, avec sérieux et humour, aux discours et actes du général de Gaulle. C'est peut-être cela qui a installé ma vocation de journaliste dans la politique et la chronique critique.

Dans le style reportage, j'aimais bien «Paris Match». Mais ma lecture préférée, c'était «Le Canard Enchainé» et son style essentiellement gouailleur, irrévérencieux et humoristique.

Pourquoi justement ce penchant pour le "billet" tout au long de votre carrière ?

Je préfère écrire court et condensé; je ne sais pas écrire long (raison sans doute pour laquelle je n'arrive pas à écrire des livres). Je me sens un journaliste politique, d'opinion, de commentaire arrimé évidemment sur les faits de société et les actes et points de vue des autres.

On m'a souvent demandé pourquoi j'aimais recourir aux pseudonymes. Parce que je vends mes idées et non pas mon nom, ni ma personne. Généralement, les gens apprécient ou minaudent un article en fonction des sentiments qu'ils éprouvent pour son auteur. On peut bien ne pas aimer Célestin Lingo, mais être d'accord avec sa pensée, ou en discuter sans à priori. Et vice versa...

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant votre longue carrière ?

Les difficultés dans ma carrière tiennent essentiellement au régime autocratique et antipatriotique qui gère le Cameroun depuis la «fin» de la colonisation. La censure, l'étouffement et la prison qui en ont résulté pour moi ont rendu le cours de ma vie plutôt difficile, et m'ont empêché de donner ma pleine mesure professionnelle et humaine.

Mais, à quelque chose malheur a été bon: la méfiance due à un ancien bagnard m'a amené, pour trouver du travail, à sortir du pays et à passer huit années en Côte d'Ivoire. Une expérience humaine formidable! Qui m'a ouvert de nouveaux horizons, et la voie à de nombreuses rencontres internationales, fort enrichissantes pour un journaliste.

Je suis heureux également d'avoir pu contribuer quelque peu à une certaine organisation de la profession au Cameroun, par exemple dans la mise en place de l'Union des journalistes et de certaines structures telle la Commission de la carte de presse. J'ai aussi créé une Ong, le Réseau Médias pour les Elections (Netwel), pour amener les entreprises privées de presse à trouver ensemble des moyens pour couvrir le processus électoral sur l'ensemble du territoire national. Netwel n'est pas à la retraite, mais en hibernation, faute de moyens. On espère sa relance.

Et vous, avez-vous définitivement pris votre retraite?

A ma connaissance, je suis le premier journaliste de la presse privée camerounaise à prendre sa retraite en bonne et due forme. Avec une pension qui ressemble fort, dans son volume, à la rémunération misérable des «privés» chez nous.

J'ai 65 ans en août 2003 quand le patron du Messager me demande de «faire valoir mes droits à...» Cela s'effectue le 31 décembre 2004, le cœur léger. D'autant plus léger que, selon moi, la véritable "retraite" du journaliste, c'est à la morgue et au-delà. Je suis donc en retraite "administrative", puisque je peux continuer (dans la mesure des disponibilités de temps laissées par...mes rhumatismes), à publier des articles, dans Le Messager où je reste chroniqueur externe, ou dans d'autres médias qui pourraient me solliciter.

De cette position privilégiée, vous devez avoir un regard lucide sur la presse d'aujourd'hui au Cameroun...

D'abord les pionniers, aidés par le «Vent d'Est», ont fini par arracher la liberté d'expression et de presse. Bonne chose! La marée et la diversité des titres, une bonne chose également. De bons professionnels émergent, malheureusement trop peu nombreux, ou étouffés, dans les médias publics, par l'obligation de... louange et d'obséquiosité à l'endroit du régime au pouvoir pris à tort pour le propriétaire/employeur.

Ensuite, les journaux privés, à quelques (rares) exceptions près, ne constituent pas encore de véritables entreprises de presse, susceptibles de fournir aux journalistes de bonnes conditions de vie et d'exercice de la profession. Conséquences : piètres prestations, ''gombotisme'', instabilité. Situation due à la fois à la mauvaise gestion des fondateurs, au manque ou à l'insuffisance de la publicité et autres recettes, au refus, à la parcimonie et/ou la mauvaise conception de l'aide nécessaire de l'Etat. Nous avons pourtant soumis bien des idées sur la question.

Les démarches de l'UJC et, maintenant, des syndicats, pour améliorer la situation, n'ont jusqu'à présent que des effets virtuels. L'Etat et les patrons de presse ne font pas leur part du travail, le premier se contentant de l'instrumentalisation, de la répression et des cadeaux inhibant. Dommage!

Profitez-vous de votre retraite méritée pour vous adonner à des hobbies ?

J'ignore ce que c'est ! Je lis, j'écris, j'aime et écoute beaucoup la musique (pas les bruits de Petit Pays et autres crieurs, mais les variétés anciennes, et surtout les classiques et les gospels). Et je participe aux rencontres intellectuelles... quand la santé me laisse faire.

Propos recueillis par Emmanuel Gustave Samnick

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